Simon Dalmais – Le Duo – Before and After.

Before and after, avant et après, un double portrait tête bêche sur la pochette, une brassée de chansons lumineuses, presque féériques, qui en côtoient d’autres plus en contre-jour, voire carrément assombries, le deuxième album de Simon Dalmais est comme un pont entre deux rives. Un pont suspendu, majestueux, à l’image de ceux des chansons de Harry Nilsson ou des Beach Boys qui l’ont tant inspiré. Et parce que la pop, depuis toujours, repose en équilibre entre l’euphorie

et la mélancolie, Simon Dalmais assume aujourd’hui encore plus clairement cette douce instabilité. Pendant longtemps, ce trentenaire discret était resté dans l’ombre de personnalités plus exubérantes (Sébastien Tellier, sa sœur Camille…), qu’il accompagnait de ses claviers déjà flottants et aériens. En 2011, un premier album, The Songs remain, le présentait en auteur, compositeur et chanteur ultrasensible, glissant d’un répertoire à l’autre, du folk ombragé au jazz méditatif, avec une grâce peu commune. Plusieurs dizaines de concerts, des premières parties de Camille et des festivals au Japon (Tokyo, Sendai), viendront raffermir son profil de virtuose modeste et de songwriter haut de gamme.

Avant de se lancer dans l’écriture d’un nouvel album, Simon a d’abord achevé, avec ses sœurs, celui de son père H.Bassam, collection singulière de chansons empreintes de blues que ce voyageur rêveur, disparu en 2012, n’avait pas eu le temps de conduire à destination. De son propre aveu, la mort de son père comme la concrétisation posthume de cet album ont déterminé la nature même de Before and after, dont le titre devient soudainement explicite. Pas question pour autant pour Simon de se livrer à de trop vives introspections et à en exhiber les écorchures.

Cet amoureux de Debussy, de Gershwin, de Neil Young et de Robert Wyatt ne sait que trop combien la musique peut agir en baume réparateur, la sienne ayant clairement ce pouvoir d’enchanter l’auditeur à la première mesure. Le splendide Tiny et son canon de voix baroques en donne d’emblée le ton : ce deuxième album sera notamment celui d’une certaine recherche de l’allégresse et de l’apaisement. Ce marcheur invétéré, capable d’avaler 400 km en trois semaines dans les reliefs d’Auvergne où il a élu domicile, propose ainsi de flâner à son bras, dans une invitation aux voyages immobiles aux dépaysements garantis. C’est toutefois dans la campagne près de Toulouse, où il s’est retiré l’hiver dernier, que Simon Dalmais a écrit et composé en solitaire les douze chansons qu’il dévoile aujourd’hui et qui subjuguent à la fois par leur sérénité d’apparence et leur turbulence intérieure. Comme Elliott Smith ou Caetano Veloso, qui figurent parmi ses modèles, Dalmais n’est pas seulement un admirable ornementiste et un mélodiste hors pair. Chez lui, le goût de la beauté est toujours tempéré par celui du chaos, des vertiges qu’il convient de maîtriser avec élégance. Une belle équipe de musiciens habitués à de telles secousses, comme la somptuosité jamais démonstrative des arrangements de cordes de Clément Ducol, aideront à accorder à ces chansons la méticulosité comme le souffle qui constituent les grandes œuvres.

Géographe de formation, Simon sait également faire de ses chansons des territoires d’aventures nouvelles tout en maîtrisant à la perfection leur cartographie ancestrale. I don’t know why s’étalonne ainsi sur les plus hautes cimes de l’idéal pop British, tandis que la nonchalance caressante de Lord évoque à travers un groove prudemment exotique les riches heures de la variété américaine seventies façon Gilbert O’Sullivan. Même quand il s’essaye (partiellement) au Français, avec Soleil Libre, son orientation naturelle de tournesol évoque encore la Californie d’un « endless summer » de fantasme, alors que Somewhere I found you semble dévaler Broadway le nez en l’air et des étoiles plein les yeux. En contrepoint à ces extases contemplatives, entre un Before and after cérémonial et romanesque, où Camille est invitée à pousser des cris de pleine lune, et un Along with my son floydien, Simon Dalmais déploie d’autres nuances plus urbaines, à la lisière du film mental dont il aurait seulement composé la B.O. nocturne. Comme le suggère le titre Listen, encore en épousant des courbes insensées, l’écoute de ce disque est une expérience sensorielle totale. Après, on en ressort durablement bouleversé.

Christophe Conte

Simon Dalmais : piano / chant (en option + synthé)

Yannick Boudruche : guitare électro-acoustique + guitare électrique / chant

Tarif Plein : 15 € avec un verre de vin offert.

Tarif Réduit : 10 €.

Réservations : 01 40 09 15 57

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